Moul Rmouk… déc21

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Moul Rmouk…

28 ans, veuve depuis 8 ans, 2 enfants de 11 et 8 ans.

Profession : Femme de ménage.

L’histoire commence le soir où j’ai croisé Moul rmouk… Il était grand, baraqué, beau ! Je l’ai rencontré à la station des taxis blancs où j’attendais depuis 2 heures pour rentrer voir mes enfants. Il m’a regardée, m’a parlé, j’ai craqué.

Moi qui me suis mariée à l’âge de 16 ans, avec celui que j’ai vu pour la première fois le soir de ma nuit de noces et qui fut mon compagnon de route pendant seulement 4 ans avant de mourir, j’ai enfin compris ce que veut dire « être amoureuse».

Moul rmouk était avenant, charmeur, tombeur ! Très vite je lui ai fait confiance.

Je lui ai donné mon numéro de téléphone, je lui ai raconté ma vie et j’ai passé la nuit avec lui dans le rmouk après avoir raconté un drame imaginaire à ma famille.

Tiens, parlons-en de ma famille, ou plutôt des gens du Douar dans lequel habite ma famille. Ces gens-là qui me traitent de fille facile. Non, ce n’est pas le bon mot, ils me traitent de PUTE.

Pute, de travailler en ville pour nourrir mes enfants, mon père, ma mère, mon frère au chômage, sa femme et leur nouveau rejeton.

Pute de m’habiller en pantalon et de ne pas respecter leurs standards en venant leur rendre visite.

Pute, d’insister pour que ma fille continue d’aller à l’école au lieu d’aider sa grand-mère et de lui interdire de porter le hijab comme les autres petites filles de sa classe.

Pute d’avoir refusé de me marier avec l’homme le plus riche du village qui faisait travailler mon père, parce qu’il a 70 ans et des enfants de mon âge.

Moul rmouk était donc ce rayon de soleil dans ma vie, celui qui me comprenait, qui m’écoutait, qui m’envoyait des chansons d’amour sur mon téléphone à minuit, qui me promettait le mariage, qui acceptait mes enfants jusqu’à les adorer…

Mais Moul rmouk c’était aussi celui qui me mentait, qui n’avait jamais assez d’argent pour terminer son mois, qui changeait de numéro de téléphone toutes les semaines, qui disparaissait des jours et des jours pour revenir à chaque fois avec un scénario digne d’Anouar Oukacha !

Pourtant, la petite voix intérieure qui m’habite et qui me veut du bien m’avait prévenue. Elle m’a toujours dit de me méfier de lui, de ne pas le croire, de creuser pour savoir… Je ne voulais jamais l’écouter, je balayais toujours ses propos  du revers de la main, je me suis même fâchée avec, je l’ai traitée de jalouse et de peste et j’ai arrêté de lui parler… Jusqu’au jour où j’ai entendu une autre voix, qui ne me veut pas de bien cette fois, rugir dans mon téléphone et dire :

« Tu n’es qu’une sale PUTE, comment oses-tu appeler un homme marié amoureux de sa femme !! Je ne te connais pas, je n’ai jamais entendu parler de toi, je ne sais pas qui tu es et ne veux même pas le savoir ! ».

Cette voix était celle de Moul rmouk. Je la reconnaîtrais, moi par contre, entre milles voix. Je n’ai pas voulu y croire, j’ai cru que c’était mes hallucinations auditives qui revenaient… j’ai pleuré, je me suis enfermée, j’ai appelé des centaines de fois par jour son numéro de téléphone qu’il avait encore changé …

Mais j’ai surtout demandé pardon à ma petite voix intérieure et je me suis remise à l’écouter… pour le moment…