Blessure d’Arménie
Petite fille, j’ai rêvé un jour qu’ils se rencontraient tous les deux, mon ‘Ba-Sidi paternel, farouche Filali, venu de M’Hamid, le sabre battant son flanc, le teint sombre et les yeux en colère et mon Grand-père maternel Krikor Ian, arménien chrétien orthodoxe, échappé miraculeux du génocide perpétré par les Turcs en 1915 et dont les descendants, aujourd’hui, se défendent d’avoir jamais commis. Frappant à la porte de l’Europe, ils clament leur innocence et menacent aujourd’hui la France des pires représailles diplomatiques pour la promulgation de la loi punissant pénalement tout déni du massacre des Arméniens de 1915.
Krikor est né dans les dernières années de ce XIXe, qui couvait déjà les drames qui allaient s’abattre sur le monde un peu plus tard, et il vit à Samsoun, petite ville portuaire de la villayat de Trébizonde, partie intégrante du puissant empire Ottoman, dans une famille d’Arméniens enrichis dans le commerce des tabacs d’Orient et qui sont aux Turcs qui les entourent ce qu’étaient les Juifs au Maroc : Travailleurs, solidaires entre eux, bien intégrés mais cultivant jalousement leurs particularismes ethniques, culturels et religieux. On se marie bien sûr entre Arméniens et mon arrière grand-père Mourad a épousé une fille de riches propriétaires de manufactures de cigarettes, dont j’ai retrouvé la trace des comptoirs même ici à Hambourg, datant de 1894…
On vit paisiblement, en bonne intelligence avec les Turcs même si des remous secouent parfois la cohabitation, tels les massacres de 1894 à 1896, où déjà plus de 150 000 morts sont dénombrés parmi les Arméniens et qui leur montrent la précarité de leur état, liée à leur religion chrétienne et à leur réussite matérielle. Mourad, grand homme d’affaire en liaison permanente avec l’Europe, sent que la guerre est proche et que les Arméniens de Turquie vont devoir s’enrôler aux côtés de la Turquie et de l’Allemagne contre les autres Arméniens, ceux de l’Empire russe tsariste. Que va-t-il résulter de ce déchirement et les Turcs ne vont-il pas se méfier d’officiers arméniens au sein de leur armée? Il faut donc de toute urgence éloigner son fils Krikor, jeune homme brillant et joyeux de 18 ans, élevé chez les Pères Français de Samsoun, et ce le plus discrètement possible pour ne pas éveiller la méfiance des Turcs qui, prudemment, avaient retiré leurs passeports à tous les hommes en âge d’être mobilisés et surveillaient de près le trafic maritime…
Nous sommes au printemps 1914, le monde est au bord du précipice et les Turcs sont nerveux, le doigt sur la gâchette. Mais qui se méfie d’une troupe de jeunes fous, fussent-ils Arméniens, en train de faire la fête? Ils arrivent en folâtrant sur le port, déclarent être les invités du capitaine d’un navire terminant de charger sa livraison de tabacs en feuille et, bouteilles d’alcool à la main et Krikor au milieu d’eux, montent à la queue leu-leu sur le bateau en chantant à tue-tête. Ils ne veulent que saluer le capitaine, se faire montrer le bateau puis repartent encore plus bruyants qu’à l’arrivée, sous l’oeil impassible des sentinelles turques armées jusqu’aux dents qui les surveillent. Vigilantes, certes, mais qui ne noteront pas au retour l’absence d’un des joyeux lurons avinés, Krikor, resté tapi au fond de la cale… et qui, ainsi, échappera à la plus certaine des morts, celle qui frappera les siens quelques mois plus tard, sous l’oeil indifférent, voire même complice parfois, des puissances occidentales!
La 1ère guerre mondiale éclate; le 3 novembre la Turquie, alliée de l’Allemagne, entre dans le conflit et la 3ème armée envahit la Transcaucasie avec à sa tête Enver Pacha. En face : les Russes mais aussi des régiments de volontaires de l’Arménie russe qui sont de rudes montagnards aguerris et familiers du rude terrain: les Turcs se sont risqués à ce combat en plein hiver et ils sont battus à plate couture, laissant 80 000 morts derrière eux, victimes du froid et du typhus.
Il faut un exutoire à cette humiliation et le coupable sera trouvé: le peuple félon des Arméniens, accusés d’avoir saboté et collaboré avec l’ennemi de l’Empire. Ce qui est faux, la loyauté des officiers arméniens est évidente face aux désertions chez leurs homologues turcs.
Le ministre de l’Intérieur Talaat Pacha envoie un télégramme aux préfectures un texte d’une cruauté défiant l’imagination: « Le Gouvernement a décidé de détruire tous les Arméniens résidant en Turquie. Il faut mettre fin à leur existence, aussi criminelles que soient les mesures à prendre. Il ne faut tenir compte ni de l’âge, ni du sexe. Les scrupules de conscience n’ont pas leur place ici ».
Des bataillons entiers de soldats arméniens seront dès janvier 1915 rappelés, isolés et massacrés. Puis c’est le tour de l’intelligentsia intellectuelle et religieuse de Constantinople, arrêtée avant d’être éliminée dans la nuit du 24 avril qui restera à jamais la date commémorative du massacre par tous les Arméniens du monde jusqu’à maintenant. Les déportations massives ont commencé en mars mais s’intensifient en mai et des centaines de milliers d’Arméniens sont jetés sur les routes désertiques de Mésopotamie, voués ainsi à une mort quasi certaine. Quand ils ne périssent pas de froid, ils meurent de chaleur, de faim, de maladie, des mauvais traitements, ou assassinés froidement. Car on les a sciemment dirigés dans le traquenard des montagnes kurdes où des guerriers rebelles par tradition vont piller et exterminer des colonnes entières de rescapés arméniens. Ils iront jusqu’à découper les cadavres pour traquer les pièces d’or que certains avaient avalées!
1.500. 000 Arméniens ont péri et le monde l’apprend. Aux vagues protestations franco-anglaises le Sultan invoquera des raisons d’ordre sécuritaire. Quant à l’Allemagne, elle est au courant dans le détail, se taira soigneusement pour ne pas nuire à son allié et accueillera même les responsables du génocide qui arrivent après la guerre. Talaat Pacha sera assassiné par un jeune Arménien à Berlin en 1921 mais les autres responsables ne seront jamais trainés en justice, comme le prévoyait pourtant le Traité de Sèvres de 1920.
Pendant que mon jeune grand-père commence ses études en Europe, dans l’angoisse du sort subit par sa famille, l’étau se resserre autour de Samsoun et le signal des déportations est donné le 24 juillet… Mourad, sa femme et leurs 2 filles de 16 et 14 ans (mes grand-tantes) partent dans un convoi qui les mène vers le sud. Un sinistre matin, on sépare les hommes, un prêtre orthodoxe les assiste puis ils vont être exterminés. Les femmes, les vieillards et les enfants, dans l’horreur et le désespoir, continuent leur marche inexorable, quelques 11. 000 fantômes hallucinés à travers les plateaux arides d’Anatolie.
600 kilomètres, c’est la distance que vont franchir ces créatures abandonnées du monde et des hommes, laissant derrière eux d’innombrables cadavres. L’horreur est partout : les pillards, mais aussi les violeurs qui recherchent de la jolie chair fraiche. Mes deux grand-tantes sont ravissantes et Mayrig (Maman en arménien) leur frotte le visage tous les jours avec des plantes qui leur font enfler le visage et de la bouse qui dégage une odeur pestilentielle … peine perdue, les guerriers ne s’en laissent pas conter et l’une est enlevée par un Kurde qui la jette sur son cheval avant de disparaître et l’autre, la cadette, par Ali Bey, un Turc aux moeurs policées et à la culture très occidentale. Il va donc demander la main de la jeune fille en bonne et due forme en échange de la vie sauve et de sa protection pour tout le groupe de fuyards.
Mayrig a un sursaut d’horreur : quoi? Donner sa fille à un de ceux qui ont massacré son mari et les siens, non chrétien de surcroît … mais tous ces malheureux épuisés, désespérés, la supplient, la conjurent, qu’elle leur sauve ainsi la vie et celle de ses filles ! Elle accepte, la haine et la mort dans l’âme, à la condition toutefois, elle restera inflexible, qu’Ali Bey s’engage à user de son influence pour récupérer son autre fille des mains du ravisseur kurde !
Ali Bey, en gentleman, va tenir toutes ses promesses et sauver la vie de tous les réfugiés. Comme la jeune fille a tout juste 15 ans, il acceptera même de patienter encore jusqu’à l’été 1916 avant de s’unir à elle. Il profite de cet événement pour inviter le ravisseur kurde à ses noces qui y viendra avec empressement sans se douter qu’il assiste au mariage de la soeur de sa « proie » arménienne… Ali va le faire enfermer jusqu’à la libération de sa nouvelle belle-soeur!
Le temps passe, les événements se précipitent : 1918 avec la défaite pour l’Allemagne et la Turquie mais un regain d’espoir pour les survivants du génocide. Les puissances occidentales, restées sourdes et aveugles à leur sort auparavant, vont-elles les sortir de la souricière? La diaspora arménienne du monde entier se démène, des accords sont conclus, des filières de transferts se constituent pour faciliter le départ des femmes de cette terre ottomane désormais maudite. Les beaux-frères d’Alexandrie alertent l’ambassade de France et des contacts sont pris en cachette avec mon arrière-grand-mère dont l’idée fixe dès lors est de fuir avec ses 2 filles. La cadette a accouché en 1917 d’un petit garçon dont le père est Ali Bey! Va-t-elle accepter de partir sans lui? Ou alors va-t-on réussir à fuir avec le bébé? Mayrig part la première avec sa fille aînée et ordonne sa fille de tenir prête pour l’évasion du palais du Bey.
On mettra à profit une partie de chasse où il est convié pour la journée et la jeune mère se glisse avec son bébé dans la limousine du Consulat de France qui s’apprête à démarrer quand surgit un cavalier dans un galop d’enfer qui n’est autre que le Bey qui crie son désir d’embrasser une dernière fois son fils. Il se penche, le hisse sur son coursier, l’étreint et, faisant tourner son cheval, repart comme un fou avec l’enfant qu’on ne reverra plus jamais.
Un million et demi de morts, le premier génocide déclaré de l’Histoire de l’humanité…
Une famille comme tant d’autres qui a perdu ses hommes, sa terre, ses biens et qui se retrouvera en France pour recommencer à zéro. Mon grand-père et ses soeurs enterreront au plus profond de leur coeur l’horrible souffrance, les femmes ne parleront jamais ni des viols, ni des tortures, Grand-Père ira jusqu’à interdire qu’on parle arménien dans les réunions de famille… Brillant universitaire, économiste reconnu, il lui faudra pendant 20 ans garder son passeport d’apatride Nansen, la France refusant de lui accorder la nationalité française.
Sa soeur ainée sera fiancée un temps à l’anarchiste qui assassinera l’ex-ministre de l’Intérieur Talaat Pacha, responsable du génocide et qui sera acquitté à l’issue d’un procès retentissant par les démocrates de la République de Weimar. Sa jeune soeur ne reverra jamais son fils mais à la fin de sa vie, quand ses esprits la quitteront, il lui arrivera de parler toute seule en turc, langue qu’elle avait, au cours de sa longue vie, complètement occultée. Comme si elle parlait à ce petit garçon laissé là-bas, en Turquie, et qu’elle espérait revoir dans l’au-delà…








Qandisha Magazwine est un support collaboratif féminin qui nourrit l’ambition de se positionner comme porte-voix aux femmes actives, intelligentes et citoyennes. Qandisha est respectueuse des libertés et des droits universels. Elle favorise le libre arbitre à la pensée collective, celle-ci ayant souvent été injuste envers la femme. Dans sa quête de dignité, Qandisha magazwine espère marcher côte à côte avec l’homme, son compagnon de vie.
Un récit poignant. Je me demande ce qui sera devenu ce fils d’Anquine et d’Ali… Car Ali n’était pas n’importe qui, il était le fils d’un mütesarrif, donc d’un très haut fonctionnaire. Il devrait être possible de retracer cette famille en Turquie et ainsi les descendants de ce fils perdu (car lui-même né il y a quasiment un siècle, sera probablement mort entretemps. Si descendance il y a, elle aura dans les 70-80 ans…)
En TR il doit y avoir des registres de ces hauts fonctionnaires d’état. D’ailleurs le père d’Ali jouera, durant les années vingt, un certain rôle dans le CHP de Malatya, ce Parti Populaire Répubicain… Autre filière a suivre, les archives du CHP.
Un travail d’historien cum turcologue.
Je retiens de cet article écrit avec brio, écrit avec le sang des victimes de l’Histoire que rien ne s’oublie. Le monde s’agite, le monde reste en perpétuelle agitation pour justement empêcher les crimes en émulsion dans les liquides de l’histoire de décanter. Les décantations de toutes ces particules d’horreur nous permettent de comprendre beaucoup de choses.
Merci Malika de nous avoir livré une page d’histoire que personne ne nous a racontée de ce côté-ci de la rive.
J’avais lu, de je ne sais plus qui, » Les Mannequins Nus » et ton récit intime m’a fait ressentir les mêmes frissons.
« Les mannequins nus » de CHRISTIAN BERNADAC retrace en effet l’histoire du camp de femmes d’Auschwitz
Merci Malika. Nous avons en commun l’histoire tragique de nos parents. Mon père avait 10 ans, ma mère 8 ans. Ils étaient du même village, et chacun est parti de son côté dans une colonne qui partait pour le désert de Syrie.. Ma mère est restée avec sa propre mère, ses 2 soeurs et son frère.. La grand’mère maternelle trainant derrière avec sa canne, est tombée, ma mère a crié, « mama, mama, la mémé est tombée, sa mère l’a tirée par la main en disant, viens, viens, tu vois pas qu’ils tuent !! et c’est comme cela qu’ils ont laissé la mémé.. La suite est aussi épouvantable.. Il me faudra du courage pour raconter encore..
Merci Malika pour ta patience et ton courage de raconter.. Personne ne doit nier ce qu’il s’est passé..
Merci pour cet éclairage vif et poignant d’un des episodes les plus cruels de l’histoire du XX siecle.
Ils ont tous le même regard
ou presque,
Tous ces corps jetés pêle
et qui se vident de leur sang
dans le silence lourd et fétide
de la déréliction!
leur regard,
le vide qui aspire
le ciel étoilé
Quel drame… Les êtres humains Sont cruels quand ils le veulent. Ça n a pas de race ni de religion.
La « pacification » de la chaouia marocaine par l armée française colonialiste ne s’est pas passée dans la dentelle. Des milliers de morts coté marocain…notre famille a été chasée de ses terres et déportée de la région de settat a la même période.
Aucun travail de mémoire collective n’est fait entre le maroc et la france a ce jour.
L’Espagne a bombardé le rif avec du gaz chimique faisant des milliers de morts…pareil aucun travail de mémoire…
Qui parle de la déportation des familles marocaines andalouse après 1491?
Qui parle de la déportation des juifs d’Espagne?
Qui parle des années de plomb au maroc?
Le pouvoir, les richesses, le racisme aveuglent les gens de tout bord et de toute religion…
Le massacre des arméniens est une honte sur le front de ceux qui l ont perpetré…
Mais je pense que personne n a de leçons a donner dans ce registre. Comme disait Coluche « un pour tous, tous pourris »
J espère que les turcs feront leur mia culpa et iront directement demander pardon au arméniens et que de ce drame puisse naitre un espoir pour les peuples des deux pays qui n ont pas besoin aujourd’hui d une autre guerre mediatique ou réelle
J espère que la France relise aussi ses pages noires en afrique du nord..en afrique…et dans toues ses ex colonies…
Joyeux noël
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k105220v/f16.image
Une lecture très intéressante de l indigène marocain par un soldat de l armée française
Merci Ghassen. Vous pouvez aussi contribuer par un article sur ce sujet si le coeur vous en dit!
Récit poignant qui force l’émotion et la compassion. Là on essaye un peu de se faire une idée , à partir d’un cas spécifique, sur ce que fut ce génocide arménien. Je pense que cette plaie béante de l’humanité ne doit pas ètre oubliée et doit s’imprimer dans la mémoire collective. Par ailleurs, j’estime qu’il faudrait pardonner pour diminuer le poids du deuil et aussi pour s’élancer vers l’avenir
the fact that she said Constantinople and not Istanbul means she is lying, don’t believe those lies please, the Armenian genocide was a conspiracy by the freemasons as a revenge from Sultan Abdelhamid Attani, because he refused to give them palestine, and the only witness to this genocide was an american and we know the heavy jewish lobby in USA, they didn’t stop till this point , they just took him off his throne and brought kamal Atatork one of the descendent of Dounama Jewish who just pretended that they are muslims and in the reality they were planning for something else, and this man just turned the ottman empire to one of the greatest laic countries in the world just to destroy any islamic values there and finally when Erdoghan came to the power who represent the the islamical movement. France came anxious about the future of the Mediterranean region including the arab world in order that wouldn’t take the example and strength from turkey . So she opened a file about a fake story………….I am so so sorry but all of us need to get involved in the history deeper than that to be fair and square. If the Ottmans want to kill people they do that once they established their empire and force the armenians to convert to Islam many centuries before
Il serait bon parfois, avant de polémiquer, de s’assurer de quelques vérités et évidences historiques indéniables: Constantinople (latin : Constantinopolis, grec : Κωνσταντινούπολις (Konstantinoupolis), turc ottoman : قسطنطینیه (Kostantiniyye)1) est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 à 1930). Nous sommes en 1915, Istanbul n’existe pas encore, mais le génocide malheureusement si, que vous le vouliez ou non. Vous devriez lire le rapport du Dr.Lepsius, attaché de l’Ambassade de Berlin à Constantinople et qui a décrit minutieusement, jour par jour, heure heure, les déportations, les mouvements de populations, les morts, les massacres… J’ai constaté, médusée, le raccourci saisissant que vous faites entre les Arméniens et les Juifs, tous à mettre dans le même sac, sans oublier les francs-macons! Mon Dieu, faites pleuvoir des cerveaux – il y en a qui en ont besoin…
But not the right to deny evidence..
Merci Malika. comme d’habitude tu as su écrire avec ton beau talent et capacité inconfutable de relater le vrai, une page honteuse de l’histoire européenne, de ce génocide des Arméniens et c’est lorsqu’on s’approche à des personnages qui semblent notre famille parce que leur douleur devient la notre, que toute l’ampleur de la tragédie est encore plus poignante et plus proche de notre capacité de comprendre. Je savais bien de cette immense tragédie et aie moi-meme connu dans un lointain passé en France une famille d’Arméniens qui avait elle aussi adopté la ligne du silence, et maintenant je comprends l’air sombre et triste posée sur leur visage.
Mais ce que tu as raconté dans cette belle page d’histoire rend homage à la mémoire de ce « pauvre » peuple de martyrs avec une nécessité vraiment justifiée.
Affreux!! un terrible récit si bellement raconté. Merci Malika
Merci Malika.
merci malika, merci merci merci!
Comme promis lors de notre dernier échange sur FB, j’ai bien lu ton article. mais pour revenir à ton post ou tu prétendais que des membres de ta famille avait été massacré par des « turcs mahometains » donc des musulmans assoiffés de sang, il me semble, par respect pour les morts, que leur rendre justice et les honorer suppose de réhabiliter la vérité et non pas d’instrumentaliser la souffrance des victimes à des fins idéologiques, d’attiser la haine, ou de pécher juste par ignorance.
Donc factuellement :
1-Talaat Pacha n’était pas un musulman mais un nationaliste occidentalisé, athé,laico-progresssiste et franc-macon, membre du Comité d’Union et Progrès, séduit par le panturquisme et la particularité arménienne posait problème à ses desseins.
Ref : http://fr.wikipedia.org/wiki/Talaat_Pacha#Implication_avec_les_Jeunes-Turcs_et_le_g.C3.A9nocide_de_1915
2-Lors du massacre arménien, le CUP est administré par l’aile unionistes laique nationaliste progressiste et dont les dirigeants sont des grand frère franc macons « inspiré du jacobinisme francais » (Talaat, Djemel et Enver) qui ont réussi à évacuer les fédéralistes, les modernistes musulmans et les arméniens (Eh oui, les arméniens n’étaient pas des anges sans que cela justifie le massacre).
Ref : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jeunes-Turcs
Ces informations sont dûment recoupé et archivés. Il existe toutefois plusieurs zones d’ombres sur ce pan de l’Histoire (Le soutien/responsabilité franco-britanique, les accords secrets de sykes-picot, le contexte impérialiste, le soutien arménien au russes…) mais le framework est là.
Paix à l’ame des morts et sursaut de conscience à celle des vivants.
PS : Comme écrit à la va-vite, mes excuses pour l’ortho.
Référence garnies (signalées sur des page wikipédia):
-Yves Ternon, Enquête sur la négation d’un génocide, Marseille, Parenthèses, 1989, (ISBN 2-86364-052-6) [lire en ligne [archive] (page consultée le 31 mai 2008)].
-Henry Morgenthau, Mémoires, Paris, 1919, rééd .Paris, Flammarion, 1984, pp. 290-291.
-Jacques de Morgan, Histoire du peuple arménien, Berger-Levrault, Paris, 1919, rééd. Imprimerie des Pères Mékhitaristes, Venise, 1981, p. 271.
-(en) Richard G. Hovannisian, The Armenian genocide in perspective, Transaction Publishers, 1986 (ISBN 978-0887386367), p. 199.
Je suis un peu gênée par cette facon quasi scientifique que tu as de me démontrer que le génocide ne saurait être imputé à l’Islam puisqu’étant le fait d’un seul homme athée et laic… tout en rappelant aimablement que « les Arméniens n’étaient pas des anges » – Si cet état de choses ne justifie pas le massacre (ouf, merci de le dire quand même), pourquoi éprouves-tu alors le besoin de le leur reprocher? Connais-tu un peuple angélique? Oui, je suis décidément très gênée par ton besoin de ne diaboliser qu’une personne, ce qui rejoint tout à fait les négationnistes turcs qui, depuis presque 100 ans, viennent vous dire que, désolés, vraiment, mais cette Turquie-lá n’a rien à voir avec la Turquie actuelle, donc aucun devoir de mémoire ni même de reconnaissance! Je te rappelle que je vis en Allemagne depuis des décennies et si j’ai choisi ce pays, c’est d’abord et surtout parce que c’est pratiquement la seule nation qui a eu le courage d’inventer la « Kollektivschuld », cette culpabilité collective par delà les générations, ce sentiment librement choisi de traîner le péché des ancêtres, de l’accepter comme tel et de ne jamais oublier pour ne plus jamais refaire l’abominable, l’indicible, l’inhumain. Tous les peuples et toutes les religions sont et ont été capables du pire; très peu ont su faire le chemin de Canossa – les Musulmans ne sont pas de ceux-là!
PS. Hitler était autrichien…. l’Allemagne en est-elle innocentée pour autant?
Je ferais impasse sur tes amalgames à mon endroit ( en me relisant, j ai aussi été subjectivement suggestif envers tes intentionsi…). Toutefois, je ne comprend pas que l ont puisse faire la distinction entre le nazisme et l allemagne et ne pas le faire entre le panturquisme et la turquie (au fait l empire othoman qui n existe plus d ailleurs dans ses frontieres, l allemagne si). Mais le comble, c est de mettre la responsabilité sur des mahometains (pour reprendre ton expression facebookienne) en lieu et place du gouvernement/pouvoir de l epoque qui était idéologiquement nationaliste/progressiste/panturquiste et non pas restreint à une personne (mon propos reflète le leadership idéologique et son découlement). Perso, je désignerais clairement et sans détour les meurtriers de mes grand parents par honneur et respect pour leurs âmes. Bref, je ne comprends pas qu un massacre puisse devenir un fond de commerce en pervertissant la réalité par affinité idéologique et au détriment de son propre sang (CQFD).
Comme dab, un plaisir de lire Malika Filali. Récit fabuleux et tres touchant. Aux commentateurs « historiens « de chez Wiki et Google, this is MF strory, pas besoin d’étaler des arguments hors contexte .
Merci pour ce témoignage Malika. Un travail remarquable.