Du racisme en tube

Nous avons tous déjà entendu des formules de la sorte : “Ma peau est maintenant éclatante, parfaite”, “Ma peau est plus claire, plus lumineuse”, “Pour une peau blanche, naturellement”, “Allez chercher cette peau parfaite”… Slogans tant de fois rabâchés qu’ils passeraient pour anodins.

Nous n’avons que trop regardé de ces publicités où, par un pur hasard, une femme asiatique ou africaine vante les mérites de crèmes qui lui redonnent assurance et confiance en éclaircissant son teint. Un point commun à toutes ces mises en scènes est cette expression de détresse qu’exhibe l’actrice en regardant son teint brun au miroir, et sa grande satisfaction dès lors que celui-ci blanchit. Quoi de plus étonnant, ce genre d’industries ayant toujours prospéré grâce à ce sentiment d’insécurité qu’elle suscite chez les femmes.

Sous couvert d’”unifier le teint” et de ”supprimer les tâches”, ces produits sont largement plébiscités par les consommatrices de par le monde. Ce commerce prend parfois des dimensions dramatiques, notamment au Sénégal, où les crèmes éclaircissantes à base de corticoïdes et d’agents dépigmentants très puissants commencent à avoir un succès fou, causant infections sévères et cancers de la peau, un véritable problème de santé publique. Et n’oublions pas l’effet psychique que peut avoir la promotion de ce genre de produits, créant complexes et frustrations chez les femmes ne correspondant pas au standard occidental. 

  Les PDG de ces compagnies s’entêtent à affirmer que leurs marques sont parfaitement en phase avec les codes de beauté locaux, et à multiplier les actions pour promouvoir la diversité afin de contourner les critiques qui leurs sont assénés depuis quelques années. Mais les publicités n’en suggèrent pas moins le contraire, rappelons-nous de ce fameux panneau publicitaire, avec un mannequin tirant la fermeture éclair sur sa peau mate pour en dévoiler une nouvelle d’une blancheur éclatante. Je vous le demande, quelle conclusion tirer d’une telle image ?
J’y vois une véritable industrie de la dénaturation, des survivances de racisme en tubes et en pots.

Un des produits éclaircissants les plus répandus au Maroc, et qui axe ses offensives publicitaires sur les pays arabes et l’Inde, exhibe un slogan des plus populaires, nous promettant de devenir « claires et jolies ». Remémorons cette publicité où l’on montre une femme égyptienne qui geint : « L’obstacle pour obtenir le job de mes rêves était ma peau » et qui après s’être enduise de cette crème salvatrice voit sa peau s’éclaircir, sa carrière prendre de l’élan et les flatteries de la gente masculine pleuvoir comme par un miracle. C’est le scénario classique. Message à peine camouflé : la peau mate est un obstacle à la réussite.

Naïve que j’étais, moi qui pensais que la hiérarchisation des couleurs de peau était définitivement reléguée à un passé lointain et honteux de l’humanité. Loin des soi-disant labos de ces compagnies pluri-milliardaires, des scientifiques plus sérieux ont pourtant déconstruit ce mythe. Quand je vois des femmes s’affairer sur ce genre de produits, se contempler anxieusement dans le miroir juste comme les actrices des publicités, dépenser une fortune pour voir leur teint s’éclaircir, j’exaspère. Et là je me demande d’où la valorisation sociale du teint blanc tirerait-elle son origine? Question tant débattue et source de toutes les polémiques… Ce qui est certain aujourd’hui, c’est que l’influence de la culture médiatique et publicitaire est indéniable.

Enfin, pour ne pas clore ce coup de gueule sur une morale trop mièvre, je dirais tout simplement et en Qandisha convaincue, que le meilleur des standards, le moins coûteux et le plus sain de tous, c’est soi-même. Et je dirais aussi, à tous ceux qui font des insécurités leur fonds de commerce, de cesser ces méthodes abjectes qui n’auront qu’un temps, et de tenter d’élargir leur clientèle en promouvant réellement la diversité.