La francophobie

« Le rendez-vous est maintenu madame, par contre, je vous prie de bien vouloir me répondre a une question anodine : ETES VOUS DARIJOPHONE ? »

Dieu du ciel ! Sacrebleu ! par tous les saints et ceux qui le sont moins aussi, assisterait-on à l’intronisation officielle d’une nouvelle langue ici ?! Issue d’un mariage mixte, consommé officieusement  il y a un peu moins d’un siècle, issu lui-même d’un conflit d’intérêt pour un territoire, une colonisation à vrai dire d’un peuple et de l’annexion d’une nation que l’on voulait aliéner a défaut de se l’allier ?!

La recette est simple… Elle est digne d’un appareil de cuisine à l’ancienne. Entendez, je vous prie, d’un processus de réalisation sans engins électriques : Prenons donc cette belle langue Arabe, ajoutons-y un peu d’allemand (j’adore Goethe et je salue le génie macabre de mein kampf…Je répète le génie pas l’idéologie) jouxtée par un patois modelable  par ci par là et ça donne « l’arabe dialectal »… dialecte parlé par tous, compris suivant les régions ( avez-vous déjà eu l’infime et délicieux privilège de poser en profonde discussion une fassiya pure souche et une chamaliya ascendant chaouen dans ses astres? au temps pour moi! ) réadapté et finalement…

La realpolitik de nos partis s’en empare, la markette, l’envoie comme une roquette (l’arme pas la salade) sur le devant de la scène médiatique pour « unifier » et « faire proliférer notre richesse et patrimoine culturel ». Mais, pincez-moi si le Français n’est pas parlé d’Agadir à Dakhla, en passant par les villes impériales, les villes « roturières » et les recoins confinés de notre Royaume ! Non le Français, langue cartésienne n’ayant pas les nuances de l’Arabe certes, n’est plus un glorieux glaive, à travers lequel nous, modestes consommateurs de « Bescherelle » et utilisateurs de « Larousse », pourrions porter des diastoliques en nous insurgeant contre autant d’injustice et de laisser pour compte linguistiques.

Je me gargarise la zone gingivale, me gratte violemment le fond de mon gosier qui s’égosille, s’étouffe d’écume et me laisse tomber béate, mollassonne face à une telle question, bête et si lourde de sens pourtant. Une discrimination linguistique. Molière n’est plus. Nous étions au courant. Mais sa langue, celle qui se joue et déjoue les scènes de vie mais aussi celles de l’histoire, et Zola, et Beigbeder qui me disait que l’amour dure trois ans (5, ca dépend des profils et du timing cela dit en passant) que vais-je faire des paroles de Prévert, de la madeleine de Proust et d’un Nicholas Bedos encensant son père, Marine le Pen, ou encore un Drucker attendri ?! Et maintenant, que vais-je faireuuuu comme dirai la chanson.

Je vais me battre. Comme tant de personnes qui croient en une cause le font. Je me battrai. Pas pour l’abolition d’une langue au profit d’une autre. Pas pour tirer la couverture de l’une pour « refroidir et laisser se dépérir » l’autre. Le monde est vaste, ce royaume en fait partie. La richesse est créée par la diversité, et cela sans commettre de crime aucun de lèse-majesté. L’intelligence résiderait a évoluer harmonieusement en se respectant et en satisfaisant tous les lecteurs, auditeurs, téléspectateurs. Ne faut-il pas de tout pour faire un monde ? Certes, les annonceurs, la balance commerciale des caisses des medias privés, le recul de 11% des investissement dans ce sens (je parle de budgets alloués) , la crise qui montre le bout de son avant-bras en ayant déjà sauté pieds joints dans nos économies et notre quotidien… oui la réalité financière est percutante d’une survie à couteaux tirés…

Le compromis viserait sans doute à trouver la bonne équation pour que de ces richesses, de cette diversité, de nouvelles choses soient créées, que l’on permette à de nouveaux concepts, du sur mesure Marocain « Darijo-franssaoui » et dans tout ce que la MAROCANITE implique, à prendre forme. Il y va de la pérennité de notre identité, car oui, nous Marocains, mais nous parlons Arabe, Darija, et Français… Auquel cas, j’invite les hauts responsables à refaire toutes les indications, pancartes, signalétiques, billets d’informations officiels communiqués, bref tout ce que nos yeux des plus Marocains qui soit lisent dans la langue de l’hexagone. Soyez visionnaires, en restant réalistes, et reconsidérez vos positions, quelquefois si changeantes que le tournis me prend, pour acquérir cette vitesse de croisière que vous briguez tant… celle du développement, de la prospérité et de la bonne santé socio-économique.

Oui, je suis Darijophone, (quelle question !) ,mais, comme à l’école je n’ai pas pris ce cours en option ( puisqu’elle n’existait et n’existe toujours pas pour nous !), et que l’école de la vie m’a malheureusement catapultée entre 99% de francophones alors non, madame, NON, je suis Marocaine, Darijaphone « light », Francophone par défaut, pécheresse de la voltaire attitude (qui s’épilait devant ses hôtes en disant : «Les Grecs ont écrit tant de phrases et ont fait si peu de choses… J’ai fait un peu de bien, c’est mon plus bel ouvrage ») et fière de l’être. Essayez moi….moi, je vous entends, je vous comprends…et vous ?  Comme disait Charles QUINT : » « Je parle espagnol à Dieu, italien aux femmes, français aux hommes et allemand à mon cheval.  ». Ne nous enfermons pas dans ce que la tour de Babel a été la plus belle explosion… et pratiquons, même chez nous, une langue étrangère, sauf la langue de vipère… qui paradoxalement est évanescente autour de nous.