Touche pas à mon sparadrap !

Je ne suis pas si étonnée de l’ampleur des boulets tirés sur le dernier édito de Telquel (du-moins dans le « e-monde »), tellement le sujet cristallise un des enjeux de société les plus énigmatiques : comment vivre ensemble ? Le voile n’en est qu’une manifestation « ostensible ».

Nos trajectoires s’imbriquent pour le meilleur et pour le pire. La thérapie de groupe entre ces multiples Maroc devient obligatoire ces jours-ci. Même si j’ai toujours préféré des parents bien divorcés que mal mariés, la conciliation est encore possible entre deux conceptions qui s’amusent à se faire peur. Bouh !

Tout comme je m’insurge de la vision d’une gamine micro-jupée, maquillée comme un clown, soumise au diktat de la mode et des anorexiques qu’on nous présente comme canons de beauté… je m’insurge de même devant une fille/femme voilée des pieds à la tête présentée comme modèle de vertu, prête-au-mariage parce que « pure » (sans parler des – encore – minoritaires burkinisées). Effet de mode ou de croyance ? Que nenni, disposition d’esprit. Le système de pensée et d’attitude façonne notre rapport au monde : au temps, au destin, à l’autre, à la morale, au pouvoir, écétéra écétéra.

Lu sur Twitter, j’ai ri : « Dans un monde parallèle, le voile est remplacé par un sparadrap sur la joue. Prouver sa foi avec un voile ou un sparadrap, quelle différence ? ». C’est précisément parce qu’il y a une différence que le débat est aussi crispé. Si mon boss me vire parce que je refuse de retirer mon sparadrap sur la joue au bureau, puis-je porter plainte ? Suis-je discriminée ? Evidemment que non ! Je suis virée parce qu’on va me juger comme foldinguo. Et que ça fait « mauvais genre » pour la boîte (sauf si c’est Google ou Facebook, qui adorent le génie un peu fou que « ma différence » suggèrerait).

Si ma fille veut mettre demain un sparadrap sur la joue, je veux qu’elle le fasse parce qu’elle est persuadée que le sparadrap la rend meilleure et l’apaise, et non pas parce que le sparadrap est devenue une mode ou un pré-requis d’appartenance cultu(r)elle. Ce raisonnement vaut pour le sparadrap, le voile ou la mini-jupe.

Comment faire coexister deux conceptions où la liberté de l’une est considérée comme l’aliénation de l’autre ? A mon sens, le consensus mou n’a pas sa place.