Betty et le divorce avr13

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Betty et le divorce

Nom : Batoule pour ses parents et l’état civil, Betty pour le reste du monde.

Âge : Ça fait des années que son horloge biologique s’est arrêtée à 26 ans.

Statut : Divorcée mais ouverte aux propositions.

Nationalité : Marocaine mais quand ça l’arrange.

Hobbies : Le chouffing et pratique de temps à autre le nguirisme.

Divers : Se dit ouverte d’esprit, émancipée, autonome, et indépendante sur tous les points, quand ça l’arrange aussi. Mais dépendante de sa mère, du chocolat, du shopping, de la cigarette et des culbutes.

 

Ca y est enfin, je me réveille et je suis DI-VO-R-CEE. Ca a été dur avec cette nouvelle Moudwana, car maintenant c’est mon mari qui demande la pension alimentaire  : ewa safi hia li b9ate!!!!!

Je me réveille le cerveau en compote mais plein de bonnes résolutions. C’est à peine si je peux siroter mon café, siffler ma cigarette du matin et me préparer pour le boulot. Il faut dire qu’il était temps. Quand même, un mois de congé essayant de sortir de ma pseudo-dépression, allant voir mon psy chaque jour et le harcelant au téléphone à tout bout de champs ; à croire que c’est lui mon ex, quoique j’aurais bien aimé me taper mon psy…

Mouhim passons ! Après les « saluts » et les « fayene ghbourek», les questions sur mon nouveau statut fusent et infusent. Entre les « meskina,tu es encore jeune et tu es non seulement célibataire mais pire DIVORCEE » ou encore les « c’est toi qui l’a cherché ! Quand même tu aurais pu tsebri… inna allah ma3a sabirine!!! ». Passons aussi les regards prédateurs des mâles de ma boîte : femelle en vue = proie garantie, ou les regards mesquins de certaines collègues soi-disant amies…

Merde, retour à la case de départ sans passer par celle du jackpot. Je me sens déchaînée et enchaînée, et c’est moi qui se pose des questions maintenant. En allumant ma clope, j’essaie de faire le vide dans ma tête, comme si elle n’était pas assez vide comme ça, ma tête.

« Quand même. Le Maroc a assez avancé : la nouvelle moudwana, le statut de la femme, la démocratie, les mœurs… »

A ce niveau-là, je m’arrête. J’ai mal au crâne et je sens que ça chauffe à l’intérieur. J’avais mélangé tout et n’importe quoi mais surtout les slogans qu’on nous scande à chaque fois que les élections approchent.

C’est vrai ça, nous les marocains on est tous comme ça. On prend plusieurs grandes idées qu’on imbrique avec une logique douteuse pour avoir enfin une idéologie politiquement incorrecte. D’ailleurs ce n’est pas pour rien qu’on est les meilleurs quand il s’agit de préparer une bonne marmite de Hrira.

Je me ressaisie et essaie de faire abstraction de ma langue de bois génétiquement héritée  et de ma manie de décoration d’extérieur, en dialectal « ziadate fih socialement inculquée ». Je m’acharne à penser pourquoi tant de scepticisme quant au statut de la femme divorcée que ce soit par rapport aux hommes, aux femmes et à maman société qui ne cesse de nous castrer.

« Voyons! Pour la société ça paraît simple. La  femme qui divorce est considérée comme une femme téméraire qui a eu le cran de planter son crétin de mari et de cracher à la gueule de la société qu’elle n’a que foutre d’un sosie de mec qu’elle afficherait à chaque grande occasion (mariages ,baptêmes ,funérailles…). Et de par ce fait, elle pourrait contaminer d’autres bataillons de femmes pour se retrouver avec un troupeau de brebis galeuses qu’on rejette, mais qui sont toujours là dans le paysage, n’en déplaise à certains.

Peut-être aussi, parce que nos chers messieurs ont peurs de ce bout de femme qui a plaqué son homme et ont la trouille de faire, comme dirait Jacques Brel « Au suivant ». Mais elle leur plaît cette nana avec sa force de caractère et, mieux encore, qui est sexuellement active. Vu qu’elle s’est déjà mariée, elle n’a plus de tabou la salope puisque sa virginité est déjà consommée. Pour eux une femme divorcée est ouverte à toutes les propositions indécentes : « Entrez entrer invités d’un soir ! Mer7ba Bdif llah! ».

Peut-être aussi que nos chères dames qui fusillent notre femme divorcée du regard, font-elles ça car elles la jalousent, car elles n’ont pas assez de culot pour plaquer leurs hommes qu’elles affichent comme des trophées en public mais qui rament dans l’intimité. Leurs petits maris grattent sur leurs salaires et prennent la panoplie de crédits sur le compte de leurs épouses… Des nanas qui exhibent des cadeaux qu’elles se sont achetées en cachette mais qu’elles étalent à l’entourage  comme étant les présents offerts par leurs douces moitiés. Ou encore parce que ces femmes là ont l’angoisse que cette femme divorcée leur pique leurs petits bouts de choux respectifs qui ont les yeux partout sauf là où ils devraient être.

Tout ça cogite dans ma tête qui n’a pas été conditionnée à trop penser. C’est alors qu’un paquet de cigarettes et cinq verres de café plus tard, je n’ai toujours rien compris ce qui se passe avec mon nouveau statut. C’est comme ça, frustrée et encore plus perdue qu’avant ; que je prends mon téléphone, j’appelle mon psy pour trouver une solution quoiqu’éphémère, mais pourvu que ça s’arrange!!!