J’accuse le consulat français de Casablanca d’avoir volé mon droit de vote

Lettre ouverte à Monsieur Pierre Voillery, Consul de France à Casablanca.
Fait à Casablanca, le dimanche 22 avril

Monsieur Voillery,

Je m’appelle Hanane Oulaïllah, je suis Française d’origine marocaine installée au Maroc. Je vous écris aujourd’hui pour vous manifester mon immense colère et frustration parce que je n’ai pas pu voter dimanche 22 avril lors du premier tour des élections présidentielles au Lycée Lyautey à Casablanca et j’accuse le consulat français de Casablanca d’avoir volé mon droit de vote à cause d’une erreur administrative.

Cela fait 5 ans que je suis installée au Maroc et enregistrée auprès du consulat français de Casablanca. Lorsqu’on m’a annoncé que je n’étais pas sur les listes des votants, je n’y ai pas cru mes oreilles. Colère et larmes m’ont soudainement envahi. L’ironie dans cette affaire est que l’employé du consulat qui m’a reçu au bureau des réclamations au Lycée Lyautey, censé se charger des dossiers des personnes qui n’ont pas voté, est le même employé qui avait renouvelé mon passeport quelques mois plus tôt au consulat. Lors de ce rendez-vous pour mon passeport, je lui avais demandé de vérifier si j’étais bien inscrite pour les Présidentielles et Législatives. Il m’avait répondu que j’étais bien inscrite et que je n’avais pas de souci à me faire.

Mais alors comment expliquer que je n’ai pas pu voter lors du premier tour ? Ce même employé m’avouera, avec un petit sourire narquois, que c’est une erreur administrative. Une erreur grave du consulat qui m’a volé ce que j’avais de plus cher en tant que citoyenne française : mon droit de vote. Je me suis sentie vidée, abusée et trahie par l’administration du pays dans lequel je suis née, grandi et que j’aime du plus profond de mon cœur.

Pour la première fois de ma vie, j’ai eu honte d’être une citoyenne française. Croyez-moi, il m’est très difficile de tenir ces propos. Honteuse parce que le consulat m’a privé de mon devoir de citoyen, un des précieux liens qui me lie à la France. Honteuse parce qu’au lieu de s’occuper de mon dossier et de celui des autres personnes qui se sont retrouvées dans la même situation que moi, une des employées du consulat n’arrêtait pas de se plaindre à voix haute de ne pas avoir déjeuné, alors que ces personnes lésées et moi stressions de ne pas pouvoir voter.

Honteuse parce que pas un seul employé ou membre de la direction du comité organisateur est venu s’excuser de cette erreur. Ils s’occupaient de nous comme si nous étions des sous-citoyens, des criminels, sans nous adresser un mot gentil, le regard méprisant comme si c’était à cause de nous que ces employés travaillaient un dimanche. Comment des employés d’un établissement français peuvent en arriver à être aussi inhumains, froids, désagréables et nonchalants ?

Des femmes de certains pays dans le monde se battent au quotidien et risquent leur vie pour demander le droit de voter mais en France, les citoyens en sont privés parce que l’administration se permet de commettre des erreurs informatiques et de ne pas inscrire convenablement les noms des citoyens sur les listes. C’est inadmissible. Totalement désolant. Le pire est qu\'elle ne s\'en excuse même pas.

Je suis tellement écœurée que je ne me déplacerais pas pour voter au deuxième tour des Présidentielles dans quinze jours. On m’a exclu au premier tour, pourquoi voterai-je pour le second tour ? A quoi bon ? D’ailleurs, peut-être ne suis-je même pas inscrite pour le second tour. Je ne sais pas. Et pour être honnête, je ne m’en préoccupe même plus à l’heure actuelle. Mon vote a été considéré comme une abstention pour le premier tour. Il en sera de même pour le deuxième.

La seule à laquelle je pense aujourd’hui et qui me ronge, est que la prochaine fois que je voterai pour des élections présidentielles, ce sera dans 5 ans et j’aurais à ce moment 36 ans. 5 longues années durant lesquelles je devrais vivre sous les lois d’une démocratie pour laquelle je n’ai pas pu exprimer mon point de vue et tout ça à cause d’une erreur administrative. Et ça, je ne suite pas prête à l’oublier. Même à vous le pardonner.

En vous remerciant de m’avoir lue, veuillez agréer Monsieur le Consul, l’expression de mes plus sincères salutations.