Femme, noire, chrétienne et occidentale au Maroc
L’occident ? Le mal. Le noir africain ? La misère, la pauvreté, la délinquance… La femme ? Le mal, le vice, la perversion ! Le chinois ? L’envahisseur !
Depuis quelques années que je pratique le Maroc, je me demande si la religion est réellement un élément de tolérance et d’ouverture, de paix et d’harmonisation sociale.
C’est en effet le premier pays dirigé par la religion dans lequel je vis et c’est donc le seul exemple que j’ai.
J’ai œuvré pour ce pays et je continue à le faire. Non pas que je l’aime spécialement. Je sais qu’il est de bon ton pour les étrangers de clamer la chaleur de l’accueil des marocains, mais je me demande si cette bienveillance envers l’étranger de ne se limite pas aux mois de juin, juillet et aout, réservés aux touristes et leurs rentrée d’argent salvatrice…
Non, j’œuvre pour ce pays comme je le ferais dans n’importe quel pays où je me trouverais. J’aime la terre, partout et les gens quel qu’ils soient. Et il est dans ma nature d’œuvrer à l’effort commun. Sauf que. Le commun ici me demande beaucoup plus d’effort pour avoir le droit d’œuvrer.
Au départ je me suis dis que je devais faire preuve de patience pour espérer m’intégrer. Ensuite je me suis dis que je devais faire preuve d’abstraction de mes codes habituels pour essayer de comprendre. Et puis j’ai tout simplement laissé tomber quand j’ai compris.
Combien de fois m’a t-on renvoyé à mon pays ? Je ne compte plus.
J’ai été choqué de la façon dont on parlait à ma mère, noire, dehors. J’ai été enragée et triste d’entendre les quolibets que l’on donnait à ma sœur noire, quand nous nous promenions dans les rues du Maroc.
Mais j’ai fini par abdiquer et à m’éloigner des marocains quand j’ai compris que même avec la « bonne » couleur, je ne serais pas plus intégrée, ni comprise dans ma différence.
La différence. Il y a là le début du problème. Comment peut-on être différente dans un pays remplie de honte de la différence ? Pour vivre bien ici, faut-il être plutôt blanc, homme et musulman ?
Quand est ce que j’ai vraiment abdiqué à m’intégrer ? Je crois que ça a commencé pendant les émeutes du 20 février… Voulant donner mon avis sur Facebook, je me suis vue rétorquer que, moi, de part ma nationalité, mon avis, « bienvenue » (comme l’étranger et ses euros) ne pouvait être ni cohérent, ni indispensable. Ok. Remise à ma place d’occidentale.
Ensuite, pour la nomination d’une seule femme ministre de la femme, j’ai fait partie des premières à monter au créneau pour dénoncer le non-respect de la constitution et la dangerosité de n’avoir qu’une seule femme au gouvernement, qui plus est ministre de la femme et de la famille.
Encore une fois, quand je n’ai pas, tout simplement, était ignoré (cette façon qui consiste à faire comme si on ne vous avait pas lu, comme si on ne vous entendait pas…) j’ai tout simplement été rappelée à l’ordre par les défenseurs de la pensée orientale qui ne peuvent souffrir les mots d’une femme occidentale.
Et puis j’ai réellement abdiqué quand j’ai remarqué que je ne progressais pas dans mon travail parce que non musulmane, non orientale, je n’avais apparemment pas le droit de parole finalement.
Je reste persuadée que si je portais comme nom Nadia Cherkaoui, je ferais des bonds de géants dans mon travail et dans ma vie au Maroc. Mais voilà. Je suis femme, noire, chrétienne et occidentale au Maroc.





Qandisha Magazwine est un support collaboratif féminin qui nourrit l’ambition de se positionner comme porte-voix aux femmes actives, intelligentes et citoyennes. Qandisha est respectueuse des libertés et des droits universels. Elle favorise le libre arbitre à la pensée collective, celle-ci ayant souvent été injuste envers la femme. Dans sa quête de dignité, Qandisha magazwine espère marcher côte à côte avec l’homme, son compagnon de vie.
Bonjour Carole,
je suis marocaine africaine et (peut être arabe).Je ne suis pas tout à fait blanche plutôt couleur locale et mes concitoyens me fatiguent grandement .Il y a un moment que l’espoir de les voir évoluer m’a quitter.
Je vous dit merci de dire tout haut les choses qui doivent être dites .Je crois que le racisme au Maroc est vraiment très présent et qu’il se manifeste parfois de façon dangereusement sournoise voir même pernicieuse.Quand on comprend ce qui se passe et le schéma de pensée de la plupart d’entre nous ,la meilleure façon de réagir ,la plus sage et surtout la plus saine c’est de laisser tomber.Si on doit faire quelque chose on le fait pour soi pour être en accord avec ce que l’on est .
Très cordialement.
Malheureusement vous avez mille fois raison…Moi,qui vis depuis plus de 30 ans en France;je peux dire que le racisme,c’est auprès des miens-MAROCAINS-que je le côtoie…Et comme tous les racistes,ils n’ont pas conscience de leur MALADIE…
Je ne suis pas totalement d’accord avec le concept de racisme généralisé dans la société marocaine. J’ai pu rencontré des personnes de couleur bien faire leur vie au Maroc sans nécessairement avoir besoin d’être Cherkaoui ou autres. Par contre je ne nie pas l’existence d’un racisme présent mais non pesant, comme si c’était juste l’émanation non assumé d’une facette de la personnalité marocaine. Le marocain soufre d’une double sensation contradictoire, il aime tous le monde (par gentillesse, valeurs religieuse et culturelle) mais aussi Le marocain n’aime pas les occidentaux (colonisation, Israël & autres), le marocain n’aime pas les arabes (ils ont le pétrole, ils sont plus arabes & autres), le marocain a pitié des africains mais de loin, le marocain n’aime pas les marocains(Amazigh contre fassi contre rifain contre soussi…), & des fois ne s’aime pas lui même (lmaghribi est ….).
Heureusement je crois, que le plus souvent c’est le sentiment non raciste qui gagne.
Maintenant je crois que c’est une situation commune à la majorité des peuples du monde, cette double sensation par rapport à l’autre.
« Le marocain » n’existe pas pour moi. Il y a des être humain de nationalité marocaine qui ont mille façons de penser et de vivre. « Le marocain » est un mythe qui crée une distance entre chaque être parce qu’il fait croire que les marocains sont « un » uni dans « le marocain ».
« Le marocain » n’existe pas.
Vous avez raison toutes les classifications sont a proscrire, il n’y a que des êtres humain.
Pas de noire, pas de chrétien pas d’occidental & pas de marocain.
Vous avez oublié « femme »
Je suis désolée Faycal, mais je ne partage pas ton optimisme. Les Marocains sont complètement racistes, et bien plus encore: ils détestent tous ceux qui sortent du lot, qu’ils soient musulmans ou non, blancs ou non. Les petits, les gros, les frisés, les noirs, les juifs, les myopes, les athées, et j’en passe… Critiquer ou se moquer de l’apparence, à voix haute, de quelqu’un qui passe devant soi dans la rue n’est même pas considéré comme une insulte. Comment peut-on accepter que les Marocains appellent leurs compatriotes sahraouis « llouiyen » (littéralement « petite couleur »), et qu’en plus ils se défendent en affirmant que c’est un terme affectueux?! Moi ça me dégoûte…
Je suis un llouiyen, et réellement je ne trouves pas ça insultant.
Je crois qu’on est entrain de passer vers une société ou le politiquement correcte va bientôt nous étouffer comme ça étouffe déjà des sociétés développées. Ne dis pas ceci, ne fais cela, on sort du dictat du HCHOUMA vers le dictat d’une éthique mondialisé & normalisé.
Comme on dis de nos patriotes sahraouis « llouiyen », on dis aussi que ces des gens de parole & honnêtes.
Est ce qu’on peut donner une caractéristique commune à tout un peuple ? Pour moi le racisme ordinaire commence là… Les marocains sont ceci, les italiens sont cela, les sarhaouis sont comme ça… L’être humain est tellement différent pourtant ! C’est une perte de richesse de classer les gens selon leur provenance. Je trouve.
Je crois qu’il y a un léger malentendu, j’ai dû mal m’exprimer. Je vais faire un parallèle avec un exemple personnel pour mieux expliquer mon point de vue.
Le signe distinctif de mon apparence est ma chevelure frisée. Je trouverais déplacé, voire insultant, que quelqu’un (un inconnu) m’interpelle en me disant « la frisée » ou même « bouclettes » (qui est perçu comme un qualificatif affectueux).
Par contre, supposons que quelqu’un me décrive à une autre personne. La première chose qui lui viendrait à l’esprit serait « mais si, tu sais, celle qui a les cheveux bouclés là! », auquel cas ce ne serait ni dégradant ni rien du tout, tout juste une description physique, un constat, un fait. J’ai les cheveux frisés, oui, point.
En France par exemple, si on a le malheur de décrire une personne par sa couleur de peau, c’est tout de suite perçu comme du racisme. Ça, en effet, c’est une dérive abusive du politiquement correct. Personnellement, je dirais que telle personne est noire tout comme je dirais d’une autre qu’elle a des tâches de rousseur, des lunettes, ou… des cheveux frisés, donc
Tous les peuples du monde entier peuvent avoir de l’affection, de la haine, de l’indifférence, envers un autre peuple, ce n’est pas une caractéristique du « marocain ». Les euros des touristes ne sont pas perçus par tous les marocains, ils aiment les étrangers car c humain et répond à leur religion qui dicte clairement qu’aucune différence ne peut être faite entre un blanc ou un noir, un arabe ou non, sauf la piété!!! Si des étrangers ne peuvent pas s’intégrer, faut trouver d’autres raisons qui peuvent être trouvées en la personne elle même, son environnement proche, les amis qu’elle a côtoyé de près, les influences qu’elle a eu et qu’elle a donné, . bref, le maroc restera toujours un pays ouvert pour les autres, seulement ceux qui l’aiment de vrai vont s’y habituer! Ce n’est pas l’expérience d’une seule personne qui va changer toute la réalité, hélas non!!!
Dans votre télé, dans vos magazines, dans vos livres, vos journaux, vos films, vos séries où sont les étrangers qui s’y sont « habitués » ?
Tu parles d’une « religion qui dicte clairement qu’aucune différence ne peut être faite entre un blanc ou un noir, un arabe ou non, sauf la piété », c’est très beau en théorie, mais on sait tous que ce n’est pas appliqué au quotidien. Après tout, ce ne serait pas la première règle de l’islam qui ne serait pas suivie à la lettre dans ce pays musulman.. d’apparence!
La réalité (des rues de Casablanca), c’est que les Noirs se font insulter au quotidien, et je ne parle pas de termes pseudo affectueux comme le « llouiyen » cité plus haut, ou de « zitouna » (olive), je parle d’insultes claires, indiscutablement agressives et dégradantes, aucune ambiguité possible. J’ai assisté à des scènes choquantes, où je me suis sentie insultée personnellement en n’étant pourtant que témoin.
Mais on n’a pas besoin d’avoir la peau noire pour être traité de la sorte dans notre cher pays. Il suffit d’être un peu différent (que ce soit physiquement ou dans les pensées) pour s’en prendre plein la g… excusez les propos.
Sans aller jusqu’à la différence de couleur alors, allons vers la différence de foi… Entre musulman. Est ce qu’un marocain qui pour une raison ou une autre aurait décidé de ne pas/plus pratiquer sa religion, ouvertement, serait accepté par la communauté ? A bras ouvert ? Pendant le ramadan, l’Aïd ?… Il est fixé dans la loi, que non.
Tout à fait, cette personne serait complètement rejetée, reniée par la société… Et ce même si la loi changeait. C’est aussi ce que j’essayais de dire implicitement dans mon précédent commentaire.
Merci Mouna de me comprendre parce qu’après toutes ces années de remise en question personnelle, qui ont été douloureuses, mais positives pour moi et ma famille, j’en ai marre qu’on me renvoie à ma propre analyse. La mienne est faite madame « Madame », à vous…
quand -il y’a une critique abusive vers une autre personne ce qu’il y’a recollement un racisme , mais donner votre propre avis que de…..!!
Finissez votre phrase s’il vous plaît, je n’ai pas compris…
Chère Carole,
Je suis désolé de ce que tu as vécu au pays de mes ancêtres en tant que femme. Sur la question, nous sommes à l’âge de la pierre, je n’en disconviens point. Je trouve qu’il y a une tolérance très malsaine à ces comportements. En tant qu’homme j’ai aussi abdiqué. Je connais quelques rares énergumène de la même essence que moi qui aime et honore leur mère, leur sœur, leur fille. Ils existent, c’est la seule chose que je peux te dire. Il faudra envisager d’autres stratégies…Bien à toi
Merci Kamenev
Merci Carole, tu as su exprimer ce que je voulais dire. On s’obstinant à catégoriser et à généraliser, à vouloir crée un seul prototype de personne acceptable, le marocain tel qu’on l’imagine, on reste dans la médiocrité.
Je t’ajoute un autre témoignage, sans vouloir ramener la disscussion vers ma personne.
Je suis née au maroc des deux parents étrangers, et de fait je ne peux avoir la nationalité marocaine, alors que je ne connais que ce pays. Je travaille dans le social et engagée comme toi dans des causes politiques, je bénéficie d’une écoute, mais dès lors qu’on apprend mon identité officiellement étrangère, le sentiment de patriotisme surgit et je vous laisse deviner la suite.
Ca en est frustrant!!
J’en suis désolée Aïda et je ne comprend que trop bien la frustration… C’est ce que je veux éviter à mes filles, nées ici et qui grandissent ici…
Juste un grand bravo à Carole pour son témoignage ! Il est clair que beaucoup des gens originaires de ce pays (que je ne classifie donc pas comme « marocains »), dans la région de l’Anti Atlas où je vis depuis maintenant 4 ans, est raciste. J’ai pu constater maintes fois que Fayçal a raison… En France, je n’ai jamais entendu un Lillois dire qu’il n’allait pas essayer de travailler avec un Marseillais par exemple. Ici, oui, j’ai entendu « c’est un fassi, alors ce n’est pas la peine ».
Je suis lucide, je ne serai jamais « intégrée », à peine tolérée, parce que je ne me fonds pas dans la masse, parce que je pense que les différences font nos richesses, parce que la liberté de penser et de s’exprimer est pour moi indispensable, parce que je ne suivrai jamais aveuglément une caravane et parce qu’une des premières choses qu’on m’a dite était : « tu ne seras une des nôtres que quand tu t’habilleras comme nous ».
Avec tout le respect et l’amour que je porte aux êtres humains qui vivent au Maroc, je dis respectez ma différence comme je respecte la vôtre (en revanche je ne respecte pas certains actes qui consistent à saper systématiquement les efforts de quelqu’un).
Merci Isabelle
C’est bien cela le plus dur en fait… Ces actes de sape systématique… Parce que des marocains sympas, il y en a assez pour rattraper les racistes, obscurantistes et autres… Mais dans le travail, l’accomplissement personnel, ce n’est pas évident de stagner à cause de ses origines ou de sa différence et de cette intolérance de l’autre qui ne dit pas clairement son nom.
Bon courage à vous, je vous souhaite une belle réussite.
Bonjour à tous et toutes,
Bravo pour ce site, pour vos témoignages et vos échanges respectueux. Je recherche des noms d’associations sociales ou d’ONG au Maroc qui oeuvrent pour le soutien des femmes isolées psychologiquement et/ou pour le respect des droits humain et le plaidoyer au Maroc (femmes, homosexuel(le)s, « étrangers », prisonniers…)
Merci alekoum!!
Le problème à plusieurs facteurs et il ne faut pas l’impute exclusivement au Maroc, mais en dar al islam en général.
Le problème est assez culturel et séculaire malheureusement depuis toujours. Les pieds noirs, malgré que cela soit des blancs, on eu autant de problèmes pour s’intégrer dans un pays à majorité muslimine.
Tous les problèmes sont liés à la culture qui n’a jamais voulue évoluée en terre d’islam. Si la culture n’évolue pas, les mentalités n’évolues pas non plus.
Très bel article, merci pour la subtilité et l’élégance avec lesquelles sont dépeins les tares de cette société marocaine. Racisme au maroc, pour nous autres qui venons d’Afrique subsaharienne, « les africains », comme on nous appelle ici, c’est doublement choquant et douloureux. De un, parce que nos villes sont bondées de marocains et mahgrebins de toute sorte, avec lesquels nous vivons en toute harmonie sans aucune différenciation.Et de deux, parce que dans notre entendement de « nègre,d’azia » le maroc, c’était l’Afrique. La réalité au maroc, est bien loin des clichés touristiques distillés à travers le monde, et cela est bien regrettable.
« On veut de votre argent, mais on ne veut pas de vous » voici un bien triste slogan qui devrait accompagner les campagnes de pub des universités marocains dans nos pays, dits pauvres(mon oeil).
Pitié !! pourquoi le Maroc est un pays sous-développé…
sorry je voulais écrire » Pitié!! le Maroc est un pays sous-développé »