Lettre à Benkirane

« ما فهمتكش و ما غديش نفهم »

Monsieur Benkirane,

Premièrement, je tiens à vous dire que je n’ai pas voté pour vous et je ne voterai pas pour vous, ni pour aucun autre parti… mais voilà, vous êtes le chef de notre gouvernement et je me dois de l’accepter et vous vous devez de m’écouter.

Vos vidéos circulent sur internet et font rire les gens, moi je n’ai pas envie de rire… c’est vrai qu’au début je me suis amusée comme tout le monde – ça me rappelait les temps de Bourguiba, bien que la comparaison ne soit pas juste- , mais maintenant, je prends conscience que vous avez le pouvoir de changer notre vie, chaque jour,  vous et votre gouvernement ajoutez un ingrédient amer qui passe de plus en plus difficilement… vous voyez pourquoi je n’arrive pas à rire de vos jolies sorties, bien que je comprenne mes co-citoyens :  galik 9out al ham kaddehek.

Le ridicule tue…

-       Le ridicule de compter une seule femme dans votre gouvernement… et quelle femme et pour quel ministère ! Alors que des milliers d’enfants sont dans les rues, que d’autres meurent pour ne pas avoir trouvé dans le Maroc la légitimité de naître, que des femmes et des filles sont maltraitées, battues, présentées  par les  institutions en offrande aux criminels, que des personnes vivant avec des handicaps sont enfermées dans leur incapacité à se considérer comme des citoyens… votre ministre nous abreuve chaque jour par des balivernes à réveiller les morts, nos ancêtres doivent bien rire de nous.

-       Le ridicule de compter le nombre effarent d’enfants analphabètes, sans soins, sans encadrement, sans avenir, qui un jour seront des jeunes, des hommes et des femmes sur lesquels on ne peut pas compter, mais que vous allez pointer du doigt.

-       Le ridicule de notre vie en tant que citoyen sans l’être, dans la précarité et dans l’insécurité physique et matérielle. Regardez ce qui se passe dans la rue, des femmes violentées par des salafistes et autres criminels, les libertés réprimées, les corruptions restaurées et instaurées de plus belle, les prix augmentés à  des vitesses vertigineuses, l’opacité informationnelle  primée, l’obscurantisme répandu,  etc…

Je n’attends vraiment rien de votre part,  vous me rappelez un ministre qui avait répondu à un député, concernant la précarité des pêcheurs artisanaux quant à leurs petites barques non sécurisées, dont voici les termes approximatifs « les pêcheurs en danger de noyade doivent lire la fatiha… », nous sommes dans la poursuite du ridicule dont nous avons déjà l’habitude…

Mais arrêtez de nous traiter comme des imbéciles… arrêtez vos sorties médiatiques… faites comme bon vous semble… augmentez sans prévenir, changez sans informer, enrichissez les riches et appauvrissez les pauvres, continuez..  Mais arrêtez  les  slogans  que nous connaissons…