Procès Arif, quand la justice est un théâtre de l’absurde

Hier j’ai assisté au procès le plus absurde au monde !

Les faits sont connus : Hassan Arif, député du parti l’Union Constitutionnelle et président de la Commune d’Aïn Aouda est poursuivi depuis trois ans pour le viol d’une fonctionnaire du ministère des Habous. La victime a eu un enfant qu’elle affirme être le fruit de cette agression sexuelle.

Hassan Arif nie tout en bloc. Il ne connaît la victime que « professionnellement », il ne l’a jamais rencontré ailleurs, il n’a jamais eu aucun rapport sexuel avec elle, bien entendu ne l’a pas violé et le fils n’est pas le sien.

Maroc Telecom a fourni les preuves de 284 communications téléphoniques entre le député et la victime. Les tests ADN ont été effectués par le laboratoire de la Gendarmerie Royale. L’un est basé sur un échantillon de sa salive, et l’autre sur le sperme retrouvé sur ses sous-vêtements sont clairs et sans équivoque : Hassan Arif est le père de cet enfant. Le Tribunal de première instance l’a donc condamné à un an de prison ferme.

Pour rappel, l’article 486 du code pénal marocain prévoit pour le crime du viol une peine de prison allant de cinq à dix ans, et l’article 488 augmente cette peine à 10 jusqu’à 20 ans de prison si une défloration s’en est suivie.

Hier, j’ai donc assisté au procès de ce député de l’Union Constitutionnelle et président de commune de Aïn Aouda qui a eu lieu à 14 heures à la Cour d’appel de Rabat et qui a duré jusqu’à 18 heures passées. L’accusé a continué de nier toute relation avec la victime. Les résultats du test d’ADN n’ont pas changé. La victime a affirmé que Hassan Arif continue à la harceler, l’appeler et lui envoyer des SMS (la plupart d’entre eux envoyés à des heures très tardives de la nuit et dont la vulgarité est indignante).

Voici comment il a expliqué les appels qu’il a effectués : En tant que président de commune et responsable politique, il reçoit des appels auquel il n’a pas la possibilité de répondre. Donc quand il trouve des appels en absence sur son téléphone, il rappelle les numéros pour s’enquérir du sujet de l’appel manqué. Une réponse qui se passe de commentaire. Juste une précision, un nombre : 284 appels.

Il y a une personne que je voudrais remercier et dont les paroles nous ont tous et toutes marquer : Monsieur le procureur général, Youssef Zerhouni Salmouni. Ce dernier a rappelé la gravité de cette affaire. Il est question d’un représentant du peuple, d’un élu et le crime est celui du viol, l’une des atteintes les plus graves à l’intégrité physique et psychique de la femme. La défense de l’accusé s’est fendue d’allégations et mises en doute de la réputation de la victime afin de prouver qu’il n’y a pas eu viol ou pire, d’insinuer que la victime a mérité ce qu’il lui est arrivé, servant ainsi d’exemple de cette mentalité rétrograde et inacceptable que le procureur a lui-même dénoncée.

Hier, l’enfant était là. Il est allé vers l’accusé et l’appeler « ‘Emmi » (Oncle). Il ne comprend rien encore de ce qui se passe autour de lui. Mais il grandira, et un jour, il voudra savoir ce qui s’est passé.

Savez-vous ce que la Cour a rendu comme verdict aujourd’hui dans cette affaire ?

Aujourd’hui Hassan Arif a été déclaré innocent et a été libéré immédiatement.

Aujourd’hui, je ne crois pas en la Justice au Maroc.

Aujourd’hui, je pleure toutes mes larmes pour ce pays et pour mes concitoyens.

Aujourd’hui, Hassan Arif a insulté la femme marocaine en pleine séance dans une cour de justice.
Aujourd’hui j’ai vu un menteur, représentant du peuple, décideur public, regarder par la fenêtre en toute tranquillité pendant son procès, conscient qu’il en sortira innocenté.

Aujourd’hui, je ne comprends plus rien mais je n’oublierai rien.

Demain, le procureur général fera appel de la décision de la Cour d’Appel devant la Cour Suprême du Maroc. L’affaire n’est pas terminée.
Nous ne devons plus nous taire. Indignons-nous !

La place de cet homme est en prison et pas dans notre parlement !